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Chez les Berbères, on ne vend pas la Terre des pères et des grands-pères, seulement les pommes de terre.

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Les années de plomb au Maroc

  • ROYER Philippe,
  • le 01/10/2003 à 00:00

Le cinéma marocain monte en puissance, et pourrait bien ravir la place qu'occupait jusqu'alors le grand écran tunisien, où une nouvelle génération de réalisateurs a éclos dans les années 1990, mais semble s'être tue. À preuve, ce premier long métrage de Faouzi Bensaidi, Mille mois. Un film ambitieux, récompensé par un prix de la Jeunesse au dernier Festival de Cannes, réalisé par un cinéaste qui a d'abord suivi le Conservatoire d'art dramatique à Paris, avant de réaliser des courts métrages et de travailler avec André Téchiné.

 

Mille mois a pour cadre le début des années 1980. Une période sombre dans l'histoire du pays, marquée par l'arrestation massive d'opposants au roi Hassan II. Qu'un film marocain puisse l'évoquer librement et fasse l'ouverture du Festival de Marrakech (lire encadré) est déjà en soi une bonne nouvelle. La période n'est pas dépeinte frontalement, mais elle est vue à travers les yeux d'un enfant dont le père, un instituteur, est emprisonné depuis de longs mois, sans que l'amorce d'un procès se dessine. Sa mère a dû trouver refuge à la campagne, chez son beau-père, lequel a été déchu de son patrimoine foncier. Tous deux font croire à Mehdi que son père est parti travailler en France. L'enfant ne se doute de rien et vit dans l'attente de son retour.

La chronique d'une vie soumise aux pouvoirs, petits et grands

Le cinéaste a ramassé l'histoire dans le temps du Ramadan. Privé de ses terres, le grand-père doit se résoudre à vendre ses meubles afin de faire vivre la maisonnée. La vie de la mère de Medhi s'écoule dans l'angoisse, entre les visites à la prison dans la ville voisine et celles d'un ami de son mari, qui cherche à apaiser sa douleur. En ville, le bouillonnement est quotidien. La fille du caïd, une adolescente avide d'émancipation, en ramène la chronique...

Faouzi Bensaidi a distillé avec subtilité l'infinité d'abus de pouvoir dont la société marocaine est le théâtre. Des plus grossiers au plus insidieux : l'emprisonnement arbitraire, mais aussi les abus de l'instituteur qui frappe les enfants au moindre prétexte, comme ceux des « religieux » du village, vouant à l'enfer quiconque sort des rails. Ultime abus, celui du nouveau caïd, imposant d'emblée une autorité sans discussion, et pressé de prendre femme dans le village. Sa noce finira dans les flammes, métaphore de la révolte qui gronde dans le pays.

Le cinéaste a choisi de réaliser son film en scope, avec un parti pris : les personnages occupent systématiquement le centre de l'écran, afin de donner à chacun une valeur identique. Le procédé d'abord intrigue, agace, puis séduit. Il évite au regard de se perdre dans l'infinité du désert marocain et lui impose une attention de chaque instant servant les personnages... qui deviennent des personnes à part entière, dont on peut sonder l'intimité. Chapeau !

Ph. R.

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