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Discrimination systémique

Quand on est triplement discriminée

Rima Elkouri


La Presse : http://www.lapresse.ca

Brice avait 23 ans quand elle a déposé ses valises à Montréal, le cœur empli d’espoir. Environnementaliste au Bénin, elle a démissionné de son poste pour poursuivre des études supérieures au Québec. « Je pensais que la vie était simple ici. Mais ce n’était pas vraiment ça… », me dit-elle, avec amertume.

Brice a obtenu une maîtrise en sciences de l’environnement. Elle s’est spécialisée en gestion de risques, un domaine qui la passionne et où les débouchés étaient nombreux. Mais elle s’est vite rendu compte que, maîtrise ou pas, les seuls débouchés s’offrant à elle consistaient à s’humilier dans des petits boulots qui exigent à peine un diplôme d’études secondaires.

Pour joindre les deux bouts, elle a travaillé dans un centre d’appels. Elle devait y essuyer les remarques désobligeantes de clients qui, en entendant son accent, demandaient à parler à un « vrai » Québécois. Elle a aussi travaillé dans un café. Pas vraiment le défi qu’elle imaginait en venant poursuivre ses études au Québec.

Laissée à elle-même, sans le sou, sans famille ou amis pour la soutenir, Brice a eu l’impression de devenir une « morte-vivante ».

« J’ai passé deux ans à pleurer, matin, midi et soir. Je ne vivais plus… Mais je faisais l’effort de vivre parce que j’ai une fille.

« Il a fallu que je me rappelle de comment j’étais au Bénin, avant d’arriver ici, pour me convaincre que j’avais encore du potentiel et je n’allais pas finir comme ça. »

***

Après un long passage à vide, Brice va mieux. Avec l’aide de l’organisme montréalais Action travail des femmes (ATF), elle a repris confiance en elle. Contre vents et marées, elle a décidé de poursuivre des études de doctorat dans le domaine qui la passionne et de ne pas abandonner.

J’ai rencontré Brice lors d’une réunion du Collectif des femmes immigrantes qualifiées et compétentes. Le collectif, chapeauté par l’organisme ATF, tente de rendre visible la discrimination invisible mais bien réelle à laquelle font face trop d’immigrées diplômées.

Les forts taux de chômage des immigrés ne sont que la pointe de l’iceberg. Ils ne nous disent rien sur tous ces gens diplômés qui se voient forcés d’accepter des emplois que la majorité des universitaires n’envisageraient jamais. Préposée à l’entretien ménager, opératrice de machines à coudre industrielles, caissière…

D’une certaine façon, on pourrait dire que les immigrés subissent de la discrimination positive dans l’accès aux mauvais emplois, souligne avec ironie Paul Eid, professeur de sociologie de l’UQAM. 

« Il y a l’idée qu’ils n’ont pas encore droit aux mêmes privilèges parce qu’ils sont étrangers. »

— Paul Eid, professeur de sociologie à l’UQAM

« On ne dit pas à l’ingénieur qui vient de sortir de l’école : ne t’attends pas à travailler dans ton domaine. Mais pour l’immigrant, on le dit », ajoute-t-il.

Les plus touchées par cette discrimination systémique sont les femmes immigrées de minorités visibles. Parce qu’elles sont femmes, parce qu’elles sont immigrées et parce qu’elles sont « racisées », elles vivent une triple discrimination. Les effets de cette triple discrimination sautent aux yeux quand on regarde le palmarès des revenus d’emploi. Au sommet du palmarès, on trouve les hommes nés ici, suivis des hommes immigrés et des femmes nées ici. Puis, tout en bas, les femmes immigrées suivies en queue de peloton des femmes immigrantes de minorités visibles.

« Pour les femmes, l’effet du genre est plus fort que l’effet d’origine », souligne l’économiste Marie-Thérèse Chicha, titulaire de la Chaire en relations ethniques de l’Université de Montréal. L’écart entre les hommes immigrés et les hommes nés ici est moindre que celui entre les hommes et les femmes en général. En d’autres mots, le sexisme a encore plus de poids que le racisme. Et les deux combinés ont un effet dévastateur pour les immigrées hautement qualifiées qui font face à ce que Marie-Thérèse Chicha appelle le « mirage de l’égalité ».

« Les conseillers en employabilité vont pousser ces femmes vers des emplois déqualifiants et ne tiendront pas compte du diplôme de leur pays d’origine », note Karine Bellemare, qui a consacré sa thèse de doctorat au sujet. Ses recherches s’inscrivent dans la foulée de l’étude de la professeure Marie-Thérèse Chicha sur les immigrées hautement qualifiées.

Ces femmes auront beau être ingénieures ou pharmaciennes, on les incitera à travailler en garderie ou comme préposées aux bénéficiaires. On dira qu’il faut bien commencer quelque part et gravir les échelons petit à petit. Mais les études nous montrent que c’est faux. Les travailleuses immigrées qui réussissent à décrocher un emploi à la hauteur de leurs compétences sont celles qui ont passé le moins de temps dans des petits boulots. La biologiste qui est surveillante de dîner pendant des années n’y trouvera aucun avantage à long terme, note Marie-Thérèse Chicha. 

« Plus on passe du temps dans des emplois précaires, plus cela devient difficile de retrouver un niveau élevé. C’est pourquoi il faut vraiment agir très rapidement. »

— Marie-Thérèse Chicha, titulaire de la Chaire en relations ethniques de l’Université de Montréal

Agir très rapidement, cela veut dire prendre des moyens de combattre la discrimination systémique en emploi. « On parle beaucoup de ce que les immigrants doivent faire pour la société. On parle beaucoup moins de ce que la société peut faire pour eux. Il faudrait mettre l’accent sur l’obligation des entreprises », dit Karine Bellemare.

Le mode de financement des organismes qui viennent en aide aux immigrés accentue le problème, souligne Marie-Thérèse Chicha. « L’État base son financement des ONG en fonction de la réussite du placement. C’est beaucoup plus facile pour les ONG de placer les immigrées dans l’industrie du vêtement, comme aide éducatrice ou comme préposée aux bénéficiaires. En même temps, cela les fait sortir de l’aide sociale, ce qui, pour l’État, est un avantage. »

Un avantage à très court terme, il va sans dire. Des études américaines et britanniques ont montré les conséquences désastreuses de la discrimination sur la santé physique et mentale de ceux qui la subissent à répétition. « La discrimination systémique finit par gruger la résilience des gens », note Richard Bourhis, professeur de psychologie à l’UQAM.

Pour une femme comme Brice qui se sort la tête de l’eau, combien de vies brisées ? Beaucoup trop, me dit Celina Hasbun, intervenante communautaire d’Action travail des femmes. « Certaines finissent par partir. J’ai vu une femme médecin qui était caissière dans une pharmacie retourner dans son pays même si elle y avait des problèmes. J’ai vu des femmes tomber dans des dépressions profondes… »

Au-delà du gaspillage de compétences, on aurait tort de sous-estimer le coût humain de tous ces rêves brisés.

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