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Majid Blal

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Mon humble cadeau pour la Saint-valentin

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CUPIDON L'ORDURE Par Majid Bal

Première rencontre et déjà tes yeux roucoulent des étreintes prévisionnelles.

Pendant que vous vous chuchotiez des petits noms ailés " mon petit oiseau, mon colibri d’amour, ma perruche colorée, ma colombe tant attendue…", On n’a pas l’esprit à s’interroger qui pigeonne qui et qui est corps-beau à plumer ?

Qui, précoce, gémit de plaisir ?

Qui le fait en préparation des pleurs à venir ?

Et surtout qui est en train d’essayer de mettre l'autre en cage…

Elle te dira que son cœur est si léger qu’il plane porté par les vents ascendants de ton amour.

Tu lui diras que tu aimerais l’agripper de tes serres pour la dévorer toute nue dans tes airs.

Tu lui diras des mots-aéronefs, elle te fera, en altitude, des trucs tout neufs.

Et plus les jours avancent, plus vous vous rendez compte que vous êtes dans la bulle-geôle de la passion en vol. Dans la même cage doublement cadenassée avec les clefs que vous avez remis innocemment, au début de la certitude de l’idylle naissante, entre les mains machiavéliques du surcoté messager. L' angélique de l’amour.

Puis soudain, on se dénonce et les hostilités s’annoncent !

Sans gazouiller ni pépier, sans babiller ni psalmodier, sans crier gare, tu ne l’interpelles plus par les petits mots du cœur, qui se voulaient l’oiseau du bonheur.

Tu ouvres l’orifice qui ne donne plus de doux becs pour une prise de bec dont l’haleine pue la volaille empâtée : La poule, la belle grue, La plantureuse dinde… « On ne fait pas d’une merde un canard à l’orange »

Ou plus grave encore. « Unguibus et rostro » à griffes et bec, tu baves l’irritation des qualificatifs d’oiseaux mécaniques programmés à la stridente invective : Cocotte, Pie, Agace. Sachant que Agace étant l’autre nom de la Pie mais les synonymes aident à jacasser quand on insiste à remettre la monnaie tant tue à l’autre.

Elle te traite de vautour quand elle pense au loup, de pinson quand elle pense à ta peur des épouvantails, de pigeon dont elle te voudrait un nom de famille et parfois de faucon quand elle n’ose te traiter de vrai con. De chauve-souris pour te dérouter, ne sachant si c’est le sourire qu’elle aimait naguère, qui est visé ou bien la calvitie naissante qui t’a soldé. De poisson-volant pour te dire qu’elle n’a jamais compris si tu es aquatique ou spatiale. De rapace et d’oiseau de proie si elle décide de souligner l’exotisme ou la maladresse de tes envolées…

Escalade verbale sans retenue. Confrontation nécessitant un bout de tissu sur votre cage pour calmer les Inséparables. Les répliques pleuvent à déplumer et remontent à l’énumération de la faune de la période Jurassique. Pour aiguiser le quolibet, les oiseaux descendent des dinosaures…

Si le cœur est un oiseau et que les oiseaux sont de la famille des dinosaures alors le cœur est un prédateur carnivore. Un Velociraptor ailé ou un Tyrannosaure carnassier…

Situations fortuites ? Hasardeuses ? Écrites dans le destin de l’évolution des espèces ?

Non ! Tout cela est la faute de Cupidon, ce Trafiquant d’organes ! Ce machiavel de la domination unilatérale dans les couples ! Ce Pablo Escobar des sentiments ! Ce Bush de la conquête…

Le cœur est un oiseau !

Un cœur oiseau ? Une aberration marinée, saumurée et salée pour cacher l’amertume des chutes libres qui s’y associent. Des coups secs qui nous tombent dessus comme des tuiles imprévues. Comme les « Oiseaux » d’Hitchcock.

Un cœur oiseau ? Une phrase courte qui ne peut traduire la légèreté d’un envol.

Subterfuge ! Trompe-l’œil ! Fausse représentation ! Attrape-nigauds !

Derrière son déguisement de bienfaiteur de l’humanité. Sous ses faux airs d’enfant-oiseau. Attifé d’un gentillet visage de Joufflu inoculant l’amour et injectant la passion, Cupidon n’est qu’un vieux rabougri, un farceur aigri, un calculateur cupide. Un manipulateur sans empathie. Un masque sans cœur…

Il veut glousser et il y parvient. Il veut se bidonner, il achète des moutons de Panurge. Il veut se gargariser de moquerie, alors il organise la risée. Il veut la raillerie, il s’arrange pour piéger les errants. L’épais est tellement plein de ressentiment que ses petites ailes ne le portent plus.

À défaut de décoller pour faire l’oiseau des cœurs attendris et le conquérant des âmes esseulées, il s’est spécialisé dans le braconnage au milieu des espérances de l’enchantement. Il s’est érigé un discours du béguin élevé en totémisme, en fétichisme respectueux. Il a fourbi les armes de l’escroc spécialisé dans le piège à cons.

Cupidon est le Gargamel des petits cœurs rouges…

Cupidon arnaque puis séquestre. Il emprisonne puis, de mauvaise foi, fait des promesses de bonheur et de liberté.

Il remplit ses donjons de petits cœurs qui se prennent pour des oiseaux et qui en entendant leurs propres battements, ignorent que le grincheux leur joue de la percussion pour qu’ils applaudissent des vols fictifs que des ailes imaginaires produisent en l’air.

Cupidon fait du hameçonnage, du télémarketing frauduleux et intègre l’amour aux mœurs du consumérisme : consommer rapidement, jeter en vitesse. Il vend et achète des âmes fragiles et des cœurs vulnérables. Il s’applique joyeusement à leur arracher lentement les plumes des chimériques attentes une à une jusqu’aux larmes.

Cupidon est un sadique en quête de masochistes à faire souffrir.

Il est déphasé, dépassé et surtout il ne connaît pas le GPS… Ne s’adaptant plus, il a perdu la boussole quand il a ignoré le GPS…

Le GPS pour bannir la bride et demeurer présent au fil de la ligne taguant l’amour et suivant ses péripéties à distance.

Cupidon aurait du s’inspirer de la pêche sportive dite du « No kill » ou mieux encore en français « La graciation ».

Tu dragues le fond de la rivière avec le charme de ton hameçon. Tu sors le poisson de l’eau et au lieu de le destiner à la poêle à frire ou à l’aquarium, tu l’étreins. Tu le prends en photo dans tes bras, tu lui mets une bague avec une puce électronique pour garder le contact et tu le relâches dans son univers initial…

Mais le grincheux est un théocrate.

Un Mollah de l’amour. Un idéologue qui recrute, conditionne, décrète des lois, excommunie pour finalement instituer une journée internationale de la résurrection des bannis. Il s’invente des saints et dénature le romantisme avec quelques fleurs, des chants d’elle et une bouteille de mousseux : Le valentin des 14 février.

En effet ! Depuis l’avènement de la pêche sportive, on n’entend plus les locutions telles que ma morue, parce que trop salée pour la tension artérielle. Mon maquereau, parce que la loi punit les proxénètes. Ma petite sole, parce qu’on ne fait que la substituer pour nous faire manger de la plie. Mon anchois, parce qu’on a découvert l’aiglefin. Mon requin de cœur, parce que Cupidon est accoquiné aux avocats. Ma baleine d’amour…

Cupidon aurait dû baguer ses ouailles avec des petites antennes qui sonnent le bip-bip aux grands larges…

Il aurait dû être pédagogue de l’amour et prêcher depuis son sanctuaire le bon sens : faudrait garder le cœur rebelle dans son subversif destin.

Quand tu en as un entre les mains, un cœur tout croustillant, fort et vulnérable à la fois, tu le bagues d’abord pour lui donner un nom, une identité, un rendez-vous sans échéancier. Tu le laisses migrer au gré de ses transhumances. Tu le suis de loin sans mettre son amour en gage…

Il ne sera l’otage que de ses désirs au fil des saisons.

Et quand il reviendra, il te reviendra. Il te racontera l’étendue du monde des humain. Il te dira les monts enneigés et les cœurs forgés dans la pierre glacée. Les vallons verdoyants de l’espoir universel. Les déserts de communication où les monologues s’entrecroisent comme des trains pressés. Les lacs asséchés par tant de larmes versées. Versées en rançon à la haine qui déshydrate les âmes…

À travers les signaux de la bague et sur les ondes du GPS, tu suivrais à distance ses saisons de reproduction. Ses atterrissages de circonstance et ses amerrissages forcés. Les saisons de reproduction et ses besoins de nidification…Et quand il te reviendra comme un saumon qui remonte le temps, il te battra avec son petit cœur les rythmes du monde.

Lorsqu’ému (e), tu lui chuchoteras :

- Mon cœur ! Tu es un oiseau rare !

S’il te répond de vive voix, il citera Guilleaumes Romain :"Le coup de foudre, c'est lorsque tous les espoirs déçus reprennent ardeur au hasard d'une rencontre ».

S’il ne dit rien, c’est qu’il ne s’est pas fait encore une idée des rapports amoureux.

Et s’il te répond par écrit, c’est qu’il a rencontré la dévorante, qu’il a chipé la fièvre du conquistador. Il a d’autres territoires à explorer et d’autres émotions à expérimenter…

Le 13 juillet 2011

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