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M Aouragh

Chibanis* de l’exil

Publié le 1 novembre 2012 par Mohamed Aouragh


Les Chibanis de l’exil
Errent au centre ville
Promènent leur Ghorba*
Leurs souvenirs de là bas
À Emmaüs magasin
Les dimanches matin
Au marché aux puces
Vers la gare et les bus
Assis sur des bancs isolés
Ils gesticulent des paroles criées
Certains une canne à la main
Et l’angoisse du lendemain…



Les Chibanis de l’exil
Errent au centre ville
Leurs fardeaux des années
Leurs corps abîmés fatigués
Leurs remords écorchés
Leurs instants heureux
Leurs moments malheureux
Leurs perpétuelles errances
Teintées de souffrances
Entre deux rives écartelées
Dans la misère et la précarité…

Parfois tard dans la nuit
Pour retarder le retour au foyer
Ils restent longtemps flanqués
Au décor du bistrot d’à côté
Lieu de vie et de gaité
Rencontres des fins de journées
Dans l’épaisse et acre fumée
Au milieu du brouhaha
La nostalgie de là bas
Les mélodies de Farid*
De Hafez* et de Warda*
Les balades D’Idir*
D’El Harrachi* et d’EL Anka*…

Les Dignes Chibanis
Sont tristes aujourd’hui
Le tirailleur leur ami
S’est éteint ce jour de pluie
Seul allongé sur son lit
Dans le silence et l’oubli
De cette chambre du foyer
Sa valise demeure bouclée
Au dessus de l’armoire
Attendant l’ultime départ
Manque toujours l’argent du billet
Et les remords de ne pas être allé…

Sa retraite ou pension de guerre
Ne suffit pas à sa misère
Ni à aider sa famille éloignée
Aujourd’hui à la mosquée
Solidarité oblige il faut se cotiser
Pour l’envoi du corps
À sa dernière demeure…

Les Chibanis de l’exil
Errent au centre ville
Mains abimées de servitudes
Visages ridés de solitude
Ils sirotent du thé ou du café
Au bistrot arabe de l’allée
Réconfortés et à l’abri
Loin des regards de mépris…

Ils passent le temps
À jouer simplement
Aux cartes aux dominos
Buvant une menthe à l’eau
Se chamaillent et crient
Parfois irascibles l’air aigri
Un brin de nostalgie
De leurs bleds et pays
De leurs familles restées…

Ces humbles discrets
Jettent un regard usé
Vers la télévision câblée
Diffusant toute la journée
Des reportages de beauté
Des paysages enchantés
Ciel immense bleu
Soleil éclatant radieux
Villages fondus en pisé
Certains hauts perchés
Par des sommets protégés
Gens affables souriants
Chaleureux accueillants…

Villes ancestrales visitées
Leurs terrasses de cafés
Médinas et souks bondés
Éternelle El FNA* la populaire
Théâtre à ciel ouvert
Ses gargotes ses fumées
Recettes et délicieux mets
Bleu apaisant d’Essaouira
Musique et chants Gnaouas
Chaleur bousculades et cris
Épices au parfum de vie
Qui réchauffent du froid d’ici
Et de ce ciel lourd bas et gris.

Aux forçats des trente glorieuses
Et à la majorité silencieuse

Mohamed Aouragh

Chibanis* : « cheveux blancs » désigne vieux émigré
Ghorba*: nostalgie
Farid* : Farid El Atrache le virtuose chanteur oriental, ses chansons resteront éternelles, comme celles d’Abdel Halim Hafez (le Sinatra du Nil) et Oum Kalthoum (la cantatrice du peuple)
Warda* : chanteuse algérienne
Idir* : chanteur kabyle
El Harrachi* : chanteur algérien célèbre par sa chanson « Ya rayah » racontant l’errance de l’émigré cette chanson a fait le tour du monde, reprise par Rachid Taha et l’ONB
El Anka: chanteur algérien
El FNA* : Place Jamaa El Fna à Marrakech

 

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