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Midelt sur le Billard

  par BEHRI ABDELAAZIZ.

Midelt  est souffrante. Après une difficile césarienne subie

au mois de juin 2009, on ne lui a pas laissé le temps de souffler que de nouveaux chirurgiens, esthéticiens

ceux-là, l’ont prise en charge, sur le même billard, pour la préparer à ses nouvelles noces et pour cause. Elle  va incessamment rejoindre les autres provinces dans le harem de l’Etat. Il faut donc la rendre belle, en  la soumettant  à une opération de grande envergure, qui prendrait près de trois ans.. Certes, c’est long, très long, mais c’est prometteur car elle retrouvera en partie sa jeunesse et n’aura plus honte de s’exposer en public.
 
  En effet, notre chère ville était sortie, très éprouvée, d’une opération chirurgicale dont l’issue était incertaine. Au début,  l’accouchement  semblait facile, si facile qu’on attendait un bébé Cadum.  Mais ce dernier tardant à venir, on a essayé d’abord de l’extraire au forceps, On a tout fait pour sauver le fœtus et le sortir tel qu’on l’avait vu à l’échographie. On était même prêt à recruter le meilleur chirurgien qui pourrait sauver la mise, à n’importe quel prix, mais en vain. Il a fallu alors recourir à la césarienne qui a permis la mise  au monde d’un nourrisson qui donnait l’impression d’être prématuré, tellement les douleurs de l’enfantement l’avaient marqué de séquelles multicolores. Certes, ce n’est pas le premier enfant qu’on  lui  fait de la sorte, à notre chère ville ; il y en a eu bien d’autres avant, toujours aussi mal portants,  après  des conceptions et grossesses régulières, mais la question qui se pose est de savoir si celui-ci sera meilleur.


   Après cette nouvelle naissance, le bateau de Midelt a pris le large sous la houlette d’un nouvel équipage dont la désignation a été des plus houleuses ; tractations, menaces, tentatives de corruption, etc. Il a, à sa tête, un nouveau commandant qui n’est pas tout à fait nouveau car il était vice dans le précédent conseil. Depuis son baptême, il y a plus de trente ans, notre navire n’a pas encore réussi à atteindre sa vitesse de croisière, pour pouvoir avancer de manière à  satisfaire tout le monde. Devant l’immensité de l’océan, nos timoniers ont toujours cru que tous les chemins menaient à bon port, mais, à chaque fois, ils empruntaient des voies maritimes dangereuses et notre bateau ivre finissait toujours par tomber de Charybde en Scylla. En effet, après de longues pérégrinations infructueuses de six ans, secouées souvent par des querelles intestines qui relèguent l’intérêt général au second plan, le navire accoste, tant bien que mal,  pour laisser reposer les passagers, très déçus par leurs représentants. Partant du principe qu’on ne peut pas mentir à tout le monde, tout le temps, ceux-ci ne tardent jamais, en effet, à se montrer sous leur vrai jour : incompétents, calculateurs, craintifs, parvenus. Les passagers sont ensuite invités à choisir une autre équipe qui pourrait faire mieux. Malheureusement, sur la terre ferme, la vision change et la mémoire collective cède devant l’intérêt individuel et, comme par enchantement, les déçus d’hier redeviennent de fervents partisans de ceux-là mêmes qu’ils avaient décriés à bord. Et le choix des édiles suscite alors des réactions différentes qui vont de l’abstentionnisme passif au vote scandaleux. La campagne des candidats ( ils sont souvent les mêmes !) ne se fonde pas sur des critères raisonnables et logiques, mais plutôt sur des arguments qui obnubilent les esprits, car ils s’adressent essentiellement à la foi, au ventre et à la poche, d’autant que le scrutin de liste arrange les candidats « réalistes ». Et l’argument de force n’est autre que la couleur des billets de banque distribués aux électeurs. Cette année, la Zarkalaf a élargi les mailles du scrutin qui ont laissé passer des gens sortis du néant, sans expérience aucune dans la gestion des affaires locales. Morale : à Midelt, il faut commencer par donner le poisson  avant d’instiller le poison.
 
  En effet, la démocratie a deux ennemis jurés : la pauvreté et l’ignorance et tant que ces deux fléaux sévissent dans une société, les élections ne peuvent être que faussées. Du reste, ceux qui proposent le vote de liste dans les pays sous-développés ou en voie de développement savent ce qu’ils veulent.. Ils exploitent le manque de discernement de leur électorat, et pour cause. Les ignorants sont  crédules et l’on peut facilement leur faire prendre des vessies pour des lanternes en leur promettant des lendemains bien meilleurs. Les besogneux, eux,  préfèrent tirer bénéfice de cette opération, ici et maintenant. De quoi vivre une semaine et l’on verra après !  Le naufragé s’accroche toujours à l’espoir de trouver une bouée de sauvetage. Mais, pendant la campagne électorale, les meilleurs sauveteurs sont, malheureusement, des menteurs et des bonimenteurs, qui paient avec les bonnes paroles. Les têtes de liste ont donc de grandes chances de passer parce qu’ils glanent les voix des autres candidats, à moins que la liste ne soit, dans sa totalité, indésirable.
   Il est vrai que dans les grandes villes, les habitants apprennent à se départir de leur sentimentalisme pour  survivre car un droit, cela s’arrache, mais ce n’est pas le cas, ici. En effet,  de par  le nombre de ses habitants et le caractère hétéroclite de sa population, Midelt est centre  urbain, mais  la mentalité de beaucoup de gens y demeure  malheureusement rurale.  Du temps où le vote était uninominal, les gens s’intéressaient aux individus ; ils votaient d’abord serviabilité, ensuite argent, rarement parti. Aujourd’hui, avec le vote de liste, les choses ont changé ;  on ne vote presque qu’argent. Avant, ce dernier ne faisait passer que le candidat qui en donnait. Aujourd’hui, la tête de liste qui se montre généreuse peut faire passer bon nombre de candidats, malgré qu’on ait.
 
 
      Cependant, le calvaire de Midelt ne connaît pas de trêve. Elle est en train de subir une deuxième opération, une opération de chirurgie plastique et réparatrice. Il est vrai qu’elle sera  très longue,  dérangera les gens encore pour longtemps, continuera de  remplir  les rues de poussière, mais elle donnera  à la ville, et c’est l’essentiel, un autre visage. Elle lui rendra son charme et sa beauté. En effet, ayant changé de statut, Midelt change de garde-robe et de toilette. Travaux d’assainissement, évacuation des eaux de pluie, réfection de voirie, installation d’une infrastructure sportive (salle couverte, terrains, piscine), médicale (hôpital des spécialités, centre d’hémodialyse), création d’espaces verts et de places publiques, pont, rond-point, gare routière, refection de façade  ( avec son entrée en charpente, le commlssariat est devenu molns sordide)etc. Midelt est devenue un immense chantier où de gros travaux sont exécutés, parfois au prix fort, car un jeune homme a perdu la vie dans un fossé qui s’était écroulé. On a même pensé  aux poumons des piétons, qui sont continuellement pourchassés par les véhicules pollueurs. Et pour leur permettre de respirer un peu d’air pur, il a été décidé de transformer l’avenue My Driss, le long de Souk Jamaa, en passage piétonnier. Tout ce quartier est mis sens dessus dessous. Ses artères sont creusées, fissurées, déchirées ; on revoit tout ce qui est dans le sous-sol : eau potable, égouts, téléphone pour que le goudronnage soit définitif. Les anciens  trottoirs ont été détruits en vue  d’élargir un peu les rues et de poser le même carrelage partout. Certes, les plus lésés pas ces travaux sont les commerçants, les automobilistes et les femmes de ménage. Les premiers enragent car ils passent le gros de leur temps à dépoussiérer les rayons et à arroser l’entrée pour que la poussière ne se soulève pas au moindre coup de vent. Les seconds fulminent à cause du dilemme: faire un long détour ou avancer comme des tortues sur des sentiers cahoteux qui mettent à rude épreuve, aussi bien leurs reins, leurs nerfs que leurs voitures.  Les  dernières ne décolèrent pas car elles lavent les corridors à grande eau. Cette situation est on ne peut plus fâcheuse, mais c’est le tribut à payer. Quand on veut faire une grande omelette, on ne compte pas les œufs. Tout changement fait toujours des mécontents mais, cette fois-ci, au moins, on aura une ville où il fera bon vivre. Du reste, il n’est jamais trop tard pour bien faire.
 
 
         Il est cependant un ouvrage dont la réalisation durera près de deux ans et qui fera certainement  endurer beaucoup de monde, c’est le pont, qui sera cette fois-ci très grand : 54 m de long et 25 de large Mais pour entrer dans la ville, il faut emprunter la déviation qui traverse les champs, à droite.  Et là, deux difficultés se présentent. D’abord l’état de la route qui commence déjà à se détériorer sous le poids des grands véhicules, tels les semi-remorques qui compliqueront les choses en  s’enlisant en cas de fortes pluies, dont c’est la saison d’ailleurs, et la question qui se posera alors sera de savoir par où ils passeront ( Il ne faut pas oublier que Midelt est le lieu de passage pour le Tafilalet). Ensuite le petit pont d’Atmane Ou Moussa. Celui-ci a été principalement conçu pour le passage des eaux de crue. Non seulement, il ne résistera pas longtemps aux poids lourds, mais il ne permettra pas, non plus, aux véhicules de grande largeur, tels les porte-chars de traverser. Par où passeront-ils alors ?  
 
 
 
           Quoi qu’il en soit, fini  le temps où l’on attendait que quelqu’un veuille bien faire quelque chose pour cette ville . Désormais, c’est son nouveau maître et seigneur, l’Etat, qui pourvoira à tous ses besoins, en matière d’infrastructures. Il appartient donc à nos représentants locaux, régionaux et nationaux de faire preuve d’intelligence,de perspicacité  et d’imagination pour ficeler des projets  créateurs d’emplois et surtout pour drainer des investisseurs. Peut-être rattrapera-t-on un peu du temps perdu !

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